Les bêtes ne sont pas si bêtes !...

Mes préférés... Entre autres.

le 20/03/2006 à 18h05

Si injustement...Et trop souvent oubliés!
Et pourtant… Si attendrissants!

 

Prière pour aller au paradis avec les ânes

 

Lorsqu’il faudra aller vers vous, ô mon Dieu, faites

que ce soit par un jour où la campagne en fête

poudroiera. Je désire, ainsi que je fis ici-bas,

choisir un chemin pour aller, comme il me plaira,

au Paradis, où sont en plein jour les étoiles.

Je prendrai mon bâton et sur la grande route

j’irai et je dirai aux ânes, mes amis :

Je suis Francis Jammes et je vais au Paradis,

car il n’y a pas d’enfer au pays du Bon Dieu.

Je leur dirai : Venez, doux amis du ciel bleu,

pauvres bêtes chéries qui, d’un brusque mouvement d’oreille,

chassez les mouches plates, les coups et les abeilles…

Que je vous apparaisse au milieu de ces bêtes

que j’aime tant parce qu’elles baissent la tête

doucement, et s’arrêtent en joignant leurs petits pieds

d’une façon bien douce et qui vous fait pitié.

J’arriverai suivi de leurs milliers d’oreilles,

suivi de ceux qui portèrent au flanc des corbeilles,

de ceux traînant des voitures de saltimbanques

ou des voitures de plumeaux et de fer-blanc,

de ceux qui ont au dos des bidons bossués,

des ânesses pleines comme des outres, aux pas cassés,

de ceux à qui on met de petits pantalons

à cause des plaies bleues et suintantes que font

les mouches entêtées qui s’y groupent en ronds.

Mon Dieu, faites qu’avec ces ânes je vous vienne.

Faites que, dans la paix, des anges nous conduisent

vers des ruisseaux touffus où tremblent des cerises

lisses comme la chair qui rit des jeunes filles,

et faites que, penché dans ce séjour des âmes,

sur vos divines eaux, je sois pareil aux ânes

qui mireront leur humble et douce pauvreté

à la limpidité de l’amour éternel.


Francis Jammes.  Le Deuil des primevères (Mercure de France) 

       


 

J’aime l’âne         

 

 

J'aime l'âne si doux

marchant le long des houx.

 

Il prend garde aux abeilles

et bouge ses oreilles;

 

et il porte les pauvres

et des sacs remplis d'orge.

 

Il va, près des fossés,

d'un petit pas cassé.

 

Mon amie le croit bête

parce qu'il est poète.

 

Il réfléchit toujours.

Ses yeux sont en velours.

 

Jeune fille au doux coeur,

tu n'as pas sa douceur:

 

car il est devant Dieu

l'âne doux du ciel bleu.

 

Et il reste à l'étable,

résigné, misérable,

 

ayant bien fatigué

ses pauvres petits pieds.

 

Il a fait son devoir

du matin jusqu'au soir.

 

Qu'as-tu fait jeune fille?

Tu as tiré l'aiguille...

 

Mais l'âne s'est blessé:

la mouche l'a piqué.

 

Il a tant travaillé

que ça vous fait pitié.

 

Qu'as-tu mangé, petite?

- T'as mangé des cerises.

 

L'âne n'a pas eu d'orge,

car le maître est trop pauvre.

 

Il a sucé la corde,

puis a dormi dans l'ombre...

 

La corde de ton coeur

n'a pas cette douceur.

 

Il est l'âne si doux

marchant le long des houx.

 

J'ai le coeur ulcéré:

ce mot-là te plairait.

 

Dis-moi donc, ma chérie,

si je pleure ou je ris?

 

Va trouver le vieil âne,

et dis-lui que mon âme

 

est sur les grands chemins,

comme lui le matin.

 

Demande-lui, chérie,

si je pleure ou je ris?

 

Je doute qu'il réponde:

il marchera dans l'ombre,

 

crevé par la douleur,

sur le chemin en fleurs.



Francis Jammes ( texte intégral )

On est si heureux avec eux... ...

le 03/04/2006 à 18h02

Soir de brebis


La tache de sang dépoint à l’horizon de ci.

La goutte de lait point à l’horizon de là.

Homme simple qui s’éparpille dans la flûte et dont la prudence a la forme

d’un chien noir, le pâtre descend l’adolescence du coteau.

Le suivent ses brebis, avec deux pampres pour oreilles et deux grappes pour

mamelles, le suivent ses brebis : ambulantes vignes.

Si pur le troupeau ! que ce soir estival il semble neiger sur la plaine

enfantinement.

Ces menus écrins de vie ont, là-haut, brouté les cassolettes et redescendent

pleines.


Mes Désirs aussi, stimulés par la flûte de l’Espoir et le chien de la Foi,

montèrent ce matin le coteau du Mystère et s’en furent plus haut que les brebis

de mon hameau, les brebis de mon âme.

Mais, parmi la prairie de jacinthes, l’odorante étoile incendia les dents avides

qui voulaient dégrafer son corsage fertile.

C’est pourquoi mon troupeau subtil, à l’heure d’angélus, rentre en

moi-même, les flancs désespérés.

Les brebis sont au bercail, et l’homme simple va dormir entre sa flûte et son

chien noir.


Saint-pol Roux.  De la colombe au corbeau par le paon (Mercure de France)

Surtout moi!.... ... Et vous?...                                                     



                                                         
                                                          La linotte


Je suis idiote
dit la linotte.
J'ai oublié mes bottes,
ma redingote,
et ma culotte.
J'ai froid à mes menottes
et je grelotte. 

J'ai la tremblotte
en sautant sur mes mottes.
Mais je ne suis pas sotte,
je chante sur six notes
et sur ma tête de linotte,
je porte une calotte
couleur carotte.


Paul Savatier, Éditions du Centurion

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